Associer autrement.

Vitesse – Conservatoire du Désastre – Bilan du progrès – Jeu de lumière -Technique – Plaisir – Paroles saccadées/accélérées – Machine – Rythme.

Hausser la voix – Jouer suraigu – Diction – Éclairant – Coup de Langue – Articulation – Onomatopée – Applaudissements – Discours universitaire – Paroles officielles.

Barrou et ses Barroudeurs.

Barrou culture populaire milieu rural

Coup de projecteur sur le festival "Les Barroudeurs"

Voilà le festival « Les Barroudeurs » qui revient poser ses armes en Touraine du Sud, en ce petit lieu qu’est Barrou. Pour cette sixième édition, pas de changement majeur, on applique la recette d’une formule dont les cartouches font mouche à coup sûr. Le festival « Les Barroudeurs », c’est d’abord un lieu et un espace propices à la décontraction et aux festivités. Niché sur les bords de la Creuse, le festival jouit d’une réputation solide en Sud Touraine et aux limites de la Vienne. C’est aussi par la qualité de son environnement qui tend à rappeler la forme de l’amphithéâtre par ses étagements successifs que le festival a gagné au fil des ans ses lettres de noblesse musicales. Ainsi, dans cet amphithéâtre de verdure, avec un soleil somnolant et une douce fraîcheur, se sont produits, le samedi 03 juillet 2010, trois groupes aux allures bien différentes. « De l’éclectisme » lance Erwin WAGNER, un des initiateurs du projet.

De l’éclectisme, c’est vrai. On retrouve donc un groupe de chanson française, un groupe de Cajun tout droit venu de Lafayette en Louisiane et un groupe toulousain de Blues. Les trois formations, chacun dans leur domaine, ont montré qu’il était possible d’amener de la musique de qualité dans un coin égaré et peu fréquenté du Centre-Ouest de la France. D’autant que le boeuf collectif qui a conclu la soirée s’est vu sans cesse allongé par les acclamations renouvelées d’un public en délire !

Voilà de quoi rassurer les amateurs d’ambiance festive en milieu rural.

Musique amphithéâtre

Le cadre du festival.

Affichant le millier d’entrées au compteur, cette petite commune de 500 habitants double temporairement ses habitants ! C’est dire combien est réussi le pari fou d’offrir une soirée conviviale scandée par la danse, la musique et la bonne humeur. D’autant que l’on peut assister à cet événement pour la modique somme de 5 euros, montant dérisoire pour 6 heures de musique de qualité dans un cadre dépaysant où verdure et rivière rayonnent. On respire à plein poumons et ouvre grand ses oreilles : moment de décontraction totale !

Louisiane

La musique du Bayou, et le territoire de Barrou : une rencontre culturelle et festive !

Louisiane Lafayette

Bayou's art of life !

Pour l’année prochaine, les organisateurs veulent encore faire mieux et assumer toujours un peu plus cette envie d’éclectisme, et si Barrou battaient des records d’affluence ?

Et si ces Barroudeurs vous donnaient des idées ?

Les Déliriades 2010 à Châtellerault : sur terre comme sur mer !

Attention ! Prudence ! Surtout bien faire attention à tous ces O.R.N.I. ( Objets Roulants Non-Identifiés ) qui déboulent et paradent en milieu rural, ils filent dans les descentes et calent dans les côtes. Voilà donc, à la fin juin, que les campagnes s’animent et s’embrasent au passage de ces véhicules venus semer la bonne humeur et la joie de s’amuser simplement, en pédalant dans les couleurs dorées, vertes et bleues de nos monts et vallées. Pour la dixième édition, il fallait bien un petit coup de jeune pour un événement entrepris en 1995 et dont le parcours avait jusque là eu lieu en milieu urbain, entre les différents quartiers châtelleraudais. Le pari, sur la feuille, et avant le départ, est risqué, très risqué même. Les organisateurs, qui se font couramment appeler les Fous Volants – rien d’anormal – émettent l’idée de parcourir les alentours de Châtellerault, afin d’en redécouvrir le pays et d’y amener une touche de festif. Il s’agit donc pour eux d’explorer un nouveau terrain de jeu, et de rencontrer en nouveau public. Ainsi, ils prévoient même une descente de la Vienne à l’aide d’un O.F.N.I. ( Objets Flottants Non-Identifiés ) ! La preuve en images !

http://www.youtube.com/watch?v=t1ft7oSWGA0

C’est-à-dire que les compétiteurs doivent mettre au point un O.A.N.I. ( Objet Amphibie Non-Identifiés ), et quand on sait que certains équipages comptent une dizaine de membres, on pouvait légitimement se demander de quelle façon les compétiteurs allaient relever ce défi à la fois sportif et technique. Pourtant, à la surprise de beaucoup, le pari fou est rapidement estampillé de succès.

Châtellerault Fous Volants

La parfaite illustration d'un O.A.N.I.

Dès les premiers villages, nos concurrents sont accueillis avec ferveur, dans une ambiance qui n’a rien à envier à celle de la ville.

http://www.youtube.com/watch?v=cFm8MWZDkhE

Traversant bourgs, hameaux et villages, cette édition a aussi eu comme dessein d’amener un peu plus la culture populaire en milieu rural ( comme un clin d’oeil à nos amis du CRI, qui ont couvert l’événement et à qui on doit ces vidéos ! ), et les habitants ne s’y sont pas trompés en faisant honneur aux conducteurs de ces O.R.N.I : arrosage en règle, coups à boire offerts, acclamations, coup de main dans les côtes un peu trop raides…

Châtelleault culture populaire rural

L'étape, moment de ressource pour tous les concurrents !

Chaque village, comme autant d’étapes, a joué le jeu afin de prouver que la fête en milieu rural est toujours possible. On aurait envie d’ajouter, indispensable. Organisées sur deux journées, entre-coupées d’un concert donné gratuitement le samedi soir, Les Déliriades version 2010 ont tenu toutes leurs promesses, et beaucoup se souviendront de ces chemins de terre où la crevaison guette, de cette descente de la vienne sous ce soleil africain et de cette arrivée sur le bitume fondant du centre-ville le dimanche après-midi.

http://www.youtube.com/watch?v=79JVhtYZ3hc

http://www.youtube.com/watch?v=MTWjmp3crH4

Il paraîtrait même que des légendes se soient inventées à l’issu de l’événement, les petits vieux du coin, assis sur leur tabouret, murmurent que des bêtes bizarres hanteraient les champs de blé à la fin juin…

Châtellerault - Hétérotope

Autour de l'événement, des contes et des légendes se font et se défont.

Bien sûr, ici ou là, on note quelques chaînes et autres pneus crevés mais dans l’ensemble l’événement n’a connu aucun problème majeur : pas d’accident ni de blessé, pas échauffourée ni d’abandon.

Targé Vélo

Souci technique, rapidement résolu !

C’est dont une réussite totale pour ces Fous Volants, ou plutôt ces Fous Roulants et Flottants qui peuvent sereinement envisager la pérennité d’un événement culturel et festif qui n’en est plus à ses premiers coups de pédale et dont la route, bien tracée, semble offrir encore de belles balades festives à tous ceux qui vont mettre le nez dans le guidon du projet.

Châtellerault

Un avenir radieux pour les ORNI, à n'en douter !

L’Hétérosapiens Musicanti.

Espèce dérivée et parente du fameux Hétérosapiens auditas que nous vous avons présenté dans un précédent article : Hétérosapiens auditas, l’Hétérosapiens musicanti est une espèce actuellement en pleine reproduction, son nombre ne cessant de croître, on ne sait plus trop comment faire pour endiguer cette vague d’individus qui tentent par tous les moyens et dans toutes les situations de faire de la musique… Mais avant d’entamer cette activité qui lui demande une si grande énergie hétérotopique, tout bon Hétérosapiens Musicanti qui se respecte doit passer par la phase d’échauffement :

échauffement Gers

L'échauffement : phase primordiale pour produire de belles notes.

Il est difficile de les dénombrer et de les cartographier avec précision : mouvant en permanence, ils se réunissent temporairement pour échanger quelques notes quand ce n’est pas l’idée d’un concert qui les prend d’envie ! Seul ou à plusieurs, l’Hétérosapiens musicanti a intégré la production de notes comme dimension vitale, et nécessaire condition à sa survie. Il y a donc chez eux une notion de cycle musical.

Mais quelles sont donc ces armes si destructives que les Hétérosapiens utilisent pour remplir les tympans d’une couche de notes cireuses ?

Hétérosapiens Cornibus Bieras.

On constate tout d’abord qu’ils savent pratiquer les instruments dits « conventionnels » et on murmure ici et là que certains sont même des musiciens, et se font passer auprès de la masse comme tels !

Hétérotope

Un exemple d'Hétérosapiens Musicanti : trompetitas cerealis.

Hétérotope musique

Hétérosapiens Trombonitas sakedecouchagis.

D’autres sont plus inventifs et un peu plus expérimentateurs dans leur façon de faire des notes et des sons. Ainsi, du sifflet trafiqué à la corne remplie de bière en passant  par des instruments de cuisine détournés de leur usage, les idées et les réalisations ne manquent pas d’air ni de souffle.

D’autres, vont très loin, et tentent de vraiment faire corps avec l’objet choisi afin d’en tirer le maximum de jus musical : ceci se traduit par des expériences quelques fois surprenantes… constatez !

On trouve aussi des expériences musicales « participatives » qui tentent de mêler un acteur ou plutôt devrions-nous dire un musicien principal accompagné de quelques choristes. Le choeur peut-être fait de rires, de pleurs, d’applaudissements, peu importe, c’est la participation qui est le fait principal. En ce sens, les Hétérosapiens élaborent de véritables processus musicaux où l’interaction avec l’autre tient une grande place.

N’hésitez d’ailleurs pas à nous envoyer des photos et des vidéos, voire même des descriptions sous forme de portrait-robot, d’Hétérosapiens Musicanti, cela nous permettra d’affiner notre connaissance de ce sujet dont les recherches ne font encore que balbutier et dont les classifications sont encore incomplètes.

Centre de Cri – Hétérotope.

Une nouvelle dynamique.

Il est temps de vous parler d’une collaboration qui va bientôt s’établir. Une collaboration ou une connexion, sur ce que mondes rural et urbain ont à s’apporter, à se critiquer, à s’envier. En effet, pour avoir déjà participé au blog du Centre de Cri dont l’objectif clair est d’insuffler un vent de culture populaire rurale, je peux vous dire, que dans certaines campagnes la recherche et l’innovation artistiques sont en plein essor. Et contrairement à ce qu’on peut raconter maladroitement ici et là, si les campagnes servent à se vider les idées, il faut souligner qu’elles n’en sont pas dépourvus pour autant, bien au contraire.

Hétérotope Centre de Cri Collaboration

L'emblématique logo des Postal Performer !

D’où l’idée qu’en plus de faire des réflexions sur notre monde urbain au travers de vidéos, de photos ou de textes, il y aurait des passerelles intéressantes à faire avec les mutations que connaissent actuellement nos campagnes.

Centre de Cri Vie Campagne

Une invitation à visiter nos campagnes actuelles, non ?

Si le projet peut paraître de prime abord un peu vague et flou, on va essayer de rapidement ajuster l’objectif, soyez-en sûr ! Vous savez, comme toujours, que si vous avez des idées d’articles sur le monde rural ou des réflexions à nous proposer, nous sommes preneurs !

Centre de Cri Jean-Mi

Le Postal Performer désignant son lieu de création !

En attendant que cette entente porte ses fruits, rien ne doit vous empêcher de jeter un oeil sur le site de Centre de Cri : www.centredecri.com . Le centre de cri est donc un lieu d’innovation théâtre de nombreuses activités : ateliers de papiers mâchés pour les enfants, sensibilisation à la nature et aux animaux avec la mise en place d’un visite animalière théâtralisée, résidences d’artistes-peintres, lieu d’enregistrement pour les groupes musicaux, endroit de repos et détente,…

Hétérotope

L'atelier de papier mâché : la conception du cheval de Troie ??!!!

Hétérotope Centre de Cri

Du rire et du cri !

Si les lieux évoqués et les personnes présentées peuvent ne pas vous parler, et vous laisser indifférents, essayez de vous imprégner de l’état d’esprit général du site et des buts de ses rédacteurs, il me semble que c’est là l’essentiel :

- arriver à capter un état d’esprit. -

Hétérotope

Le visite guidée et théâtralisée du parc animalier.

Hétérotope Toulouse

L'ours de la connaissance ?

L’art roulant.

Il suffit parfois de pas grand chose, pour repartir d’un nouvel élan et passez à la vitesse supérieure !

Hétérotope Zoï

Quel support pour l'Art ?

Prenez votre voiture, par exemple. Elle est vieille, soit. Mais elle roule encore, et c’est bien ce que vous lui demandez avant toute chose. On la désire donc d’abord pour son potentiel de mobilité. La voiture, c’est aussi, en quelque sorte, votre « chez soi », votre petit espace privé roulant, circulant, voyageant, déambulant entre monts et collines, par pluie et par beaux temps. Mais rassurez-moi, vous aimez aussi décorer votre « chez vous », car vous n’imaginez quand même pas laisser la maison telle que vous l’achetez ou telle que vous la faîtes construire ? Car des murs tous blancs, un espace presque vide, sans tableaux, ni couleur, ni bougies, un espace comme cela n’est fait pour être pratiqué tous les jours. Il faut de la vie dans la demeure !

Hétérotope art circulant

Vraiment certain de vouloir résister à la tentation de décorer votre voiture ?

Pourtant, vous prenez votre voiture tous les jours ( ou presque ) comme vous vivez dans votre maison tous les jours ( ou presque ), ainsi, pourquoi ne pas décorer votre intérieur mobile ? Pourquoi ne pas mettre un peu de vie dans cet espace qui peut lors de longs trajets devenir temporairement votre nouvel habitat ?

art mobile

L'art mobile : du voyage pour les images !

Ainsi, la voiture peut avoir une belle allure et ne rien cacher sous le capot, ou alors se montrer vieillissante alors qu’elle a encore toute sa jeunesse ! A vous de choisir ce que vous vous voulez décorer et améliorez : habitacle, motorisation, carrosserie,… Mais sachez qu’on peut rendre agréable à l’oeil ce genre d’objet avec trois sous pas plus, il suffit de bien creuser sa petite cervelle pour en piocher des idées sympathiques et innovantes, et à l’Hétérotope, on en finit plus de se creuser les méninges, une véritable carrière à idées ! Quoiqu’il en soit, la voiture, objet en mouvement, peut aussi être « oeuvre d’art » en mouvement, et en ce sens, elle est au même titre que le train, mais dans sa version légale, un espace support mobile d’art contemporain.

Décorer un voiture en deux coups de stylo !

Alors si l’idée et l’envie vous tirent par la cravate, n’hésitez pas, décorez votre voiture et transformez là en deux coups de volants trois klaxons en oeuvre d’art mobile !

Hétérotope Voiture

Changer sa perception de sa voiture.

Foucault, plus que jamais d’actualité: Histoire de la folie à l’âge néolibéral

Michel Foucault, dans sa thèse d’État de 1961,  Histoire de la folie à l’âge classique, avait frappé un grand coup sur la table universitaire et le collège de la psychiatrie en produisant un éclairage historique sans précédent sur l’évolution de la perception de la folie en Europe occidentale. Son analyse s’appuie essentiellement sur des archives médicales, des documents administratifs et officiels, des textes de lois, mais également sur des sources littéraires et picturales (Jérôme Bosch, le marquis de Sade, Nietzsche ou encore Antonin Artaud). Partant de l’image du fou à la Renaissance, qui inquiète et fascine à la fois, Michel Foucault montre que notre conception de la folie comme « maladie mentale » est le produit de notre culture et de notre histoire.

Ce que cherche à montrer Foucault, c’est qu’il n’y a pas une seule réaction possible à la folie et que le regard que l’on porte sur elle dépend de la culture dans laquelle elle s’inscrit. Le fou n’a pas toujours été considéré comme un « malade mental ». Foucault se lance donc dans l’esquisse des grandes étapes du rapport de la raison à la folie à partir de la fin du Moyen-Âge jusqu’à la naissance de l’asile au XIXe siècle. Il s’attache tout particulièrement à l’âge classique, les XVIIe et XVIIIe siècles, car cette période constitue pour lui le véritable tournant de cette histoire de la folie en Occident en instituant le partage raison/déraison. Pour Foucault, c’est l’âge classique qui permet de comprendre comment la folie a pu être réduite aujourd’hui à la maladie mentale et comment s’est structuré l’asile à l’époque moderne.

La Nef des fous de Jérôme Bosch (XVe)

Selon lui, tout commence en fait à la Renaissance. Alors que la lèpre disparaît du monde occidental à la fin du Moyen-Âge, une nouvelle inquiétude surgit : le fou devient une figure majeure, comme le montrent l’iconographie de Jérôme Bosch, cette étrange embarcation d’insensés qui hante l’imaginaire du début de la Renaissance. La folie a alors un visage inquiétant et fascinant parce qu’elle paraît incarner un savoir ésotérique : images d’apocalypse, de bestialité, d’une nuit obscure et profonde… Pourtant, dès la Renaissance, un partage apparaît entre cette conscience tragique qui prête à la folie d’inquiétants pouvoirs et une conscience critique qu’incarne la littérature humaniste avec l’Eloge de la folie d’Érasme. La folie n’est plus pour celle-ci une manifestation cosmique, la découverte d’autres mondes, mais bien plutôt un égarement et a trait aux faiblesses et aux illusions des hommes. Cette expérience de la folie prend la forme d’une satire morale. Ce divorce est important car cette conscience critique de la folie, où l’homme est confronté à sa vérité morale et à sa nature, va dès lors être mise en lumière tandis que la folie sous ses formes tragiques et cosmiques va être occultée.

Si la Renaissance avait donné la parole aux fous, l’âge classique va les réduire au silence. La création de l’Hôpital général à Paris en 1656 fait donc date en ce qu’elle inaugure pour Foucault l’ère du « grand renfermement ». Désormais, le fou est interné aux côtés des oisifs, des débauchés, des vénériens, des homosexuels, des délinquants, des marginaux et des mendiants dans des centres qui visent à redresser et à faire travailler ceux qui pèsent comme une charge pour la société. La folie est désormais réduite à la déraison et se fond avec tout ce qui marque un écart par rapport à la norme sociale. Foucault montre que l’internement à l’âge classique n’a donc pas une visée médicale, mais un objectif à la fois moral, social et économique. Pourtant, à la fin du XVIIIe siècle, la pratique généralisée de l’internement apparaît comme une erreur économique et l’on décide de remettre sur le marché du travail tous ceux qui peuvent l’intégrer. Les fous se retrouvent désormais seuls internés : la médicalisation de la folie est alors possible.

L’autre événement clé de cette histoire de la folie est alors, en 1793, la décision prise d’ôter leurs chaînes aux aliénés de l’hôpital Bicêtre par Philippe Pinel, l’illustre ancêtre de la psychiatrie. L’histoire de l’humanisme pinélien est un mythe assez éloigné de la vérité historique et M. Foucault ne l’ignore pas non plus. Il montre que, avec P. Pinel, l’asile s’inscrit dans une vision conformiste et devient le lieu de l’uniformisation morale et sociale : « C’est bien de ce mythe qu’il faut parler lorsqu’on fait passer pour nature ce qui est concept, pour libération d’une vérité ce qui est reconstitution d’une morale, pour guérison spontanée de la folie ce qui n’est peut-être que sa secrète insertion dans une artificieuse réalité. » Au sein de ces asiles où le fou se retrouve enfin seul, la folie se constitue désormais comme maladie mentale. Et si le fou est libéré de ses chaînes, il est maintenant asservi au regard médical. Mais que cache au fond cette médicalisation de la folie ? Pour M. Foucault, plus qu’on ne le croit : « L’asile de l’âge positiviste (…) n’est pas un libre domaine d’observation, de diagnostic et de thérapeutique ; c’est un espace judiciaire où on est accusé, jugé et condamné (…). La folie sera punie à l’asile, si elle est innocentée au dehors. Elle est pour longtemps, et jusqu’à nos jours au moins, emprisonnée dans un monde moral. » Mais, d’après le philosophe, l’âge classique pas plus que le XIXe siècle positiviste ne sont parvenus à faire taire complètement la folie à en voir les oeuvres fulgurantes de Goya, Hölderlin, Gérard de Nerval, Nietzsche ou Artaud.

En remettant en question des pratiques lourdes qui semblaient aller de soi, en se refusant à réduire la folie à une manifestation pathologique, Foucault oblige également la société toute entière à interroger son rapport à la norme et à ceux que l’on nomme pudiquement les « malades mentaux ».

Par ailleurs, si ces analyses et notamment la théorie du « grand renfermement » , a pu être largement critiquée, la découverte récente d’un documentaire et de tout un dossier sur la place des fous dans la société actuelle, me laisse à penser que le travail laissé par Foucault demeure une indispensable boîte a outils pour déconstruire les échafaudages idéologiques, économiques et politiques qui sous-tendent l’organisation de notre société occidentale européenne (tant au niveau spatial et  institutionnel, moral et corporel).

Ce documentaire de Philippe Borrel : « Un monde sans fous ? » propose un regard très critique sur l’état actuel de la prise en charge de la « folie » en France et en Europe, depuis la réalité du terrain : ses difficultés, ses résistances et ses espoirs, jusque dans les instances décisionnelles à la fois politiques et économiques et juridiques. Il me semble que la force de ce film est finalement de poser la question de la place (ou de la construction) de la folie, à l’heure du néo-libéralisme, de la médicalisation des sentiments, de la pensée managériale et de la promotion d’un néo-sujet, le sujet entrepreneurial, le sujet néolibéral, entrepreneur de soi… la référence à Michel Foucault (et son concept de subjectivation) est évidemment centrale… À mettre en relation avec un précédent article qui traite de Facebook et de Foucault :  http://lheterotope.wordpress.com/2010/04/01/quand-facebook-se-fait-analyser-par-michel-foucault/

Ce documentaire est accompagné d’un dossier avec de nombreux entretiens de psychiatres, psychanalystes, infirmiers, juges, aides soignants qui, grâce à leurs propos et leurs actions, permettent de reconsidérer la psychiatrie, loin de la conception uniquement sécuritaire dans laquelle j’avais tendance à m’enfermer. De plus une série d’articles abordent les questions éminemment politiques de l’utilisation des mots, du glissement du sens, de la dérive des actes

Bref, des ressources à ne pas rater ! Voici le lien vers le documentaire, les entretiens et les articles: un-monde-sans-fous-ou-les-dérives-de-la-psychiatrie

Une formule qui marche…dessine, raconte et pense.

L'Hétérotope, toujours à la recherche de nouveaux horizons

Enfin, la reprise. Le retour (tant attendu) de l’Hétérotope a tenu ses promesses ! Cette sixième session dominicale à permis d’expérimenter un nouvel horaire, une autre ambiance, et donc de nouvelles possibilités de création. L’apparition d’une caméra numérique et bientôt d’un vidéo-projecteur donne à ce lieu la dimension audio-visuelle qui lui manquait… Perspectives à venir !  Bien qu’en groupe restreint, les rencontres et les idées furent riches. Voici un petit résumé du délire collectif :

Armée de croquis exploratoires, de craies toutes en couleurs et d’un certain goût pour l’escalade, notre troupe de graffeurs du dimanche s’est lancée à l’assault de la toile urbaine qui s’offrait juste sous nos yeux. Voici l’avant et l’après:

Un toît de garage, gris et maussade...

...transfiguré en une fresque aérienne et éphémère!

Ce premier essai (avec seuleument quelques craies) nous a permis d’entrevoir les possibilités de cet espace à ciel ouvert. Une telle surface ne demande qu’a être utilisée et explorée, alors on compte bien renouveler l’expérience. D’autant que la particpation et l’amusement ont été collectifs donc maximums !
Nous avons poursuivi cet après-midi en conte et en musique avec Laure et Ela. Nous avons embarqué avec elles sur de frêles goélettes de pêcheur. Elle nous on fait entendre  les tempêtes au large d’Ouessant, et jusque dans les ports, à la rencontre de ces femmes de marins où la mort annonce toujours sa venue. Désormais, grâce à elles, en allant au bord de la mer, on oubliera plus d’avoir une pensée pour ces femmes et ces hommes du bord de terre…

En Bretagne, l'Ankou ne frappe pas sans prévenir...

Le souffle de l'accordéon, beau et inquétant comme la mer.

Autre nouveauté: ce conte a été filmé dans son intégralité et vous sera proposé prochainement (quand l’apprenti vidéaste saura mieux manier son logiciel de montage…)

Et enfin, encouragé par la présence de nouvelles hétérosapiens, chacunes préoccupées dans leurs diverses activités artistiques (danse, mise en scène, théâtre, musique…), nous avons réfléchi sur la question du corps : comment perçoit-on son propre corps, sa situation physique et spatial, son statut substanciel et imaginaire? La conférence de Michel Foucault: ” Le corps et l’utopie “ a suscitée un grand intérêt et beaucoup de questionnements chez les auditeurs. Pour mieux saisir la densité et la richesse de ces propos; pour ressentir ce que dit Foucault lorsqu’il conclut par l’idée que “notre corps est toujours ailleurs”, nous vous invitons à écouter ou à ré-écouter ce texte, aussi beau et profond qu’un conte des origines.

Session VI: Une nouvelle formule pour L’Hétérotope.

L'Hétérotope en perdition? Oh que non!

Rassurez-vous, après une période d’errance et de flottement en ces temps d’obligations universitaires, l’Hétérotope revient en forme et en force avec une nouvelle formule pour plus de participation, plus d’expérimentation, avec de nouveaux outils de jeux (craies, caméra numérique, couché du soleil tardif).

Si comme nous vous en avez marre de ces dimanches grisonnants, ensuqués et inactifs, cette nouvelle formule est faite pour vous. Nous testons cette fois-ci un horaire diurne : Ce dimanche 30 mai à partir de 16h00. Voici un avant goût de ce qui nous attend.

On débutera cette 6ème session hétérotopique par l’exploration de  la couleur, du trait et du point.  Après un essai concluant, nous avons envie de réaliser une fresque collective à la craie sur un tableau urbain de plus de 60 m² !

Un tableau dans la ville, qu'on admire depuis son balcon

On poursuivra cet après-midi avec un nouveau concept : développer une petite réflexion sur un sujet, suivie d’une mise en pratique. Cette fois on réfléchira avec  Michel Foucault sur la question du Corps et de l’Utopie : le corps est-il bien là où l’on pense le trouver ? Cette réflexion nous conduira à une expérience pratique et corporelle : comment détourner son propre corps, son corps automate, son corps social, aux déplacements réglés et sans surprise ? Comment réintroduire l’inopiné dans nos déplacements quotidiens ? Face à cette esthétique de la norme (marche droit, bombe le torse ou la poitrine) nous proposons, non pas de la danse, non pas du body-painting, mais la tentative de créer une esthétique de la chute. La chute comme résistance au corps maussade et gris qui emplissent nos rues:  ”Je ne veux pas travailler. Je ne veux pas déjeuner. Je veux seulement oublier. Et puis je chute”. Mais je chute aussi pour le plaisir de me relever…

Enfin, dans l’atmosphère colorée de fin du jour, on terminera tout en beauté et en écoute avec le récit d’un nouveau conte breton, accompagné à l’ accordéon et interprétée par deux invités surprises!

On remet le cap vers la mer!

Pour passer un dimanche créatif, pour écouter et inventer, réfléchir et s’amuser il suffit de prendre ses jambes à son cou et de ramener le tout à L’Hétérotope, 107 Allée de Brienne, ce dimanche 30 Mai, à partir de 16h00. S’il vous prend l’envie d’apporter tout outils ou éléments qui vous semble correspondre avec ce programme (craies, instruments, livres, idées, gâteau au chocolat), ce serait une grande joie!

L’art du retard et du différé !

Hétérosapiens, ne soyez pas déçus, la session de demain n’aura pas lieu.

Mais elle n’est pas pour autant annulée, et se voit reportée au lendemain, c’est-à-dire au dimanche 30 mai 2010.

Hétérotope Paul Toulouse

L'art de la patience à l'Hétérotope symbolisée en une image.

Concernant la programmation et les activités proposées, un petit aperçu vous sera livré dans la journée.

Sachez enfin que la séance pourrait ne pas débuter à partir de 21h mais commencer plutôt vers 16-17h, on tente en effet d’expérimenter une nouvelle formule, avec de nouveaux horaires : vous voilà préparés !

L’état d’esprit d’un livre !

Nous sommes de retour ! Après quelques semaines tumultueuses où navires et esclandres ont bien failli échouer et couler en mer d’examens, nos capitaines ont redressé la barre, le temps se dégage et les voiles sont déjà pleines. Pour remotiver l’équipage hétérotopique dans son entier, voici un petit article en attendant que ne soit dévoilé le programme de la prochaine session hétérotopique qui va se tenir dans quelques jours.

Hétérotope Parade Satie

L'objet d'un scandale et le motif d'un livre : le ballet réaliste Parade.

En 1918, moins d’un an après la première représentation du très controversé ballet réaliste Parade, Cocteau décide de publier Le Coq et l’Arlequin. Petit livre agréable et facile à lire, il est aussi, avant d’être une succession de phrases aphoristiques et de réflexions lancées ici et là, une sorte de justification des choix artistiques opérés dans Parade et un prolongement de ce qu’Apollinaire a nommé « L’Esprit Nouveau ».

Hétérotope Satie

Un des initiateurs de l'Esprit Nouveau : Erik SATIE.

Parade, fruit d’une collaboration entre Cocteau, Picasso, Satie, la troupe de Diaghilev et le danseur Massine, a dès sa sortie provoquée un scandale telle qu’en pleine première guerre mondiale, nos trois artistes ( Satie, Picasso et Cocteau ) se sont vus traités de Boches, le pianiste auteur des Gnossiennes se faisait même attaqué en justice par un journaliste qui avait écrit un article peu élogieux à propos de la première de Parade dont la réponse fracassante de Satie le conduira en prison, pour une semaine.

Hétérotope Picasso

Rideau dessiné par Picasso pour l'oeuvre Parade.

Beaucoup d’auteurs, comme Jean-Pierre ARMENGAUD, n’hésitent pas à affirmer que l’oeuvre collective a « bouleversé la définition même de l’Art » page 525 – Erik Satie, Jean-Pierre ARMENGAUD, Fayard, 2009. En effet, le génial de cette réunion d’artistes résident précisément dans la force qu’ils ont à soit opposer, soit faire travailler ensemble la plupart « des mouvements esthétiques en « ismes » : symbolisme, cubisme, futurisme, surréalisme et motorisme.

Et si les compositeurs en avaient peut-être la géniale intuition, le scandale fut telle que pour mieux comprendre l’oeuvre, Cocteau décida de publier ce petit ouvrage. Mais il est aussi question d’une attitude et d’un état d’esprit qui trouveront leur parfaite illustration dans la constitution du Groupe des Six ( 1919 – 1921 ) qui n’en demeurera pas pour autant exclusivement musical, bien que trop éphémère pour véritablement constitué un courant artistique. Nul besoin d’en dire plus sur un petit tas de pages qui par sa concision et parfois sa désinvolture amènent le lecteur à s’arrêter souvent afin de comprendre et de réfléchir les affirmations de l’écrivain français. Pour vous donner un petit aperçu, voici quelques phrases lapidaires, entre la maxime et l’aphorisme, extraites de l’ouvrage de Jean Cocteau.

« LORSQU’UNE OEUVRE SEMBLE EN AVANCE SUR SON ÉPOQUE, C’EST SIMPLEMENT QUE SON ÉPOQUE EST EN RETARD SUR ELLE. » Page 47

« IL FAUT ETRE UN HOMME VIVANT ET UN ARTISTE POSTHUME. » Page 48

« Le pire drame pour un poète, c’est d’être admiré par malentendu. » Page 50.

« IL FAUT S’ASSEOIR D’ABORD, ON PENSE APRÈS. » Page 51.

Hétérotope Cocteau Coq et Arlequin

La couverture originale du livre "Le coq et l'Arlequin".

« On ferme les yeux des morts avec douceur ; c’est aussi avec douceur qu’il faut ouvrir les yeux des vivants. » Page 52.

« Petite oeuvre – IL Y A DES OEUVRES DONT TOUTE L’IMPORTANCE EST EN PROFONDEUR – PEU IMPORTE LEUR ORIFICE. » page 59.

« Le rôle de l’art consiste à saisir le sens de l’époque et à puiser dans le spectacle de cette sécheresse pratique un antidote contre la beauté de l’inutile qui encourage le superflu. » Page 65.

« ON RÉCLAME DU PAIN MUSICAL. » id.

« LA TRADITION SE TRAVESTIT D’ÉPOQUE EN ÉPOQUE, MAIS LE PUBLIC CONNAÎT MAL SON REGARD ET NE LA RETROUVE JAMAIS SOUS SES MASQUES. » Page 70.

« LE PUBLIC N’ADOPTE HIER QUE COMME UNE ARME POUR FRAPPER SUR MAINTENANT. » Page 72.

« Si un artiste cède aux propositions de paix du public, il est vaincu. » Page 74.

Hétérotope livre lecture

Jean Cocteau en pleine lecture...

« Il y a des vérités qu’on peut dire qu’après avoir obtenu le droit de les dire. » id.

« Le public veut comprendre d’abord, sentir ensuite. » page 75.

« NE FAITES PAS DE L’ART D’APRÈS L’ART. » page 77.

Pour celles et ceux qui souhaitent retrouver ces passages, voici l’édition consultée, avec préface de George AURIC : Le Coq et l’Arlequin. ( 1918 ), Éditions Stock Musique – 1978.

Rapports de lieux, rapports des lieux, rapports aux lieux.

La ville et ses secrets, ses rythmes et ses pulsations.

Les lieux à découvrir et à admirer dans une ville sont tellement nombreux qu’on en oublie parfois que la ville est un endroit, un espace de la découverte et de l’exploration. La ville se connaît bien, elle cache, se cache, offre, propose, exclut. Mais ceux qui l’animent, en font battre le coeur, ne s’en font généralement qu’une représentation pointilliste, quelques points spatiaux, quelques images d’endroits, quant il est bien difficile de pouvoir se faire une idée globale de la ville tellement son fonctionnement relève de mécanisme complexes. Ainsi J. PAILHOUS est cité dans Penser la ville – Théories et modèles ( DERYCKE, HURIOT, PUMAIN, éditions ECONOMICA, 1996 ) pour son analyse des comportements des chauffeurs de taxis. Il explique de quelle façon ces derniers sont amenés à se constituer un réseau de base à partir de points dans la ville, avec l’expérience et le temps, le chauffeur de taxi apprend à enrichir sa carte puntique et peut ainsi se repérer de plus en plus facilement et rapidement dans la ville, toujours en prenant appui sur le point, comme objectif à rejoindre. C’est en fait à partir d’un réseau puntique primaire, qu’il maîtrise parfaitement, que le « taxi-man » se constitue un réseau puntique secondaire, une sorte d’auréole plus éloignée de sa première base de points de repérage. Intéressant, non ?

Taxi Hétérotope Toulouse

Vous croyez vraiment que vous pouvez vous perdre en ville avec ce taxi-man ?

Mais se repérer et se déplacer dans la ville répond surtout d’un équilibre entre un « référentiel égocentré » défini à partir de coordonnées individuelles et un « référentiel exocentré » indépendant du sujet, dont les coordonnées sont scientifiques, et représentées sur une carte. Voilà pour la petite explication, et vous, vous êtes plutôt référentiel égocentré ou exocentré ?

Impossible de se perdre avec le chat-botté : suivez ses indications !

De même, la distance, notion qui n’est pas proprement urbaine d’ailleurs, se décline aussi en sous-ensemble, on pourrait parler de la :

  • distance standard : distance qui correspond aux données scientifiques et à l’espace géométrique
  • distance structurale : celle dépendante des systèmes de relations et de configurations de réseaux, sorte de distance-usage
  • distance affective : distance qui reflète notre rapport sensible à l’espace.

On peut multiplier les analyses et les exemples mais l’exhaustivité n’est pas le but, ce qu’il faut c’est essayer de changer son regard sur son comportement et ses pratiques de l’espace. Se poser des questions sur la façon avec laquelle on parcourt un lieu, on consomme un lieu, on comprend un lieu.

Ville structure repérage orientation

Difficile de se repérer dans la ville ?

Certains décident déjà de fuir par tous les moyens à la campagne !

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